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Thread: Articles en français les plus récents sur la prostitution, la loi, opinions, etc.

  1. #1

    Articles en français les plus récents sur la prostitution, la loi, opinions, etc.

    Étant donné les dévelopements les plus récents (loi C-36, etc.), j'ai pensé qu'il serait utile d'avoir un thread où on pourrait diffuser les nouvelles les plus récentes, afin que tout le monde sache ce qui se passe.

    Il y a un thread similaire sur TERB depuis quelques mois déjà, qui est fort utile, mais les articles ne sont qu'en anglais (tout le monde y a accès; pas besoin d'être membre):

    https://terb.cc/vbulletin/showthread...nions-comments

    Je trouve dommage que les commentaires dans les médias francophones ne recoivent pas la même attention et soient pratiquement exclus. Dans certaines circonstances, les perspectives peuvent être differentes, et ce n'est pas tout le monde qui maîtrise la langue de Shakespeare.

    Je vais colliger ici les articles en français des derniers mois que j'ai trouvé, mais j'invite tous les membres intéressés, à contribuer à cet effort.

    Si les mods pensent que c'est approprié, ça pourrait être un sticky, comme le thread équivalent sur TERB.


    Notez qu'il y a maintenant aussi sur MERB un thread (en anglais) similaire à celui qui se trouve sur TERB: https://merb.cc/vbulletin/showthread...t-you-can-help

  2. #2
    Prostitution: Ottawa devra réécrire sa loi

    http://www.lapresse.ca/actualites/ju...ire-sa-loi.php

    Publié le 21 décembre 2013
    (Ottawa) Les règles qui régissent le marché du sexe seront totalement chamboulées d`ici un an au Canada.

    Dans un jugement unanime et historique, la Cour suprême invalide trois dispositions du Code criminel qui interdisent le proxénétisme, la sollicitation et la tenue d`une maison de débauche.

    Ces dispositions créées pour réprimer le désordre public exposent plutôt des femmes vulnérables à la violence, à des agressions et parfois même à la mort. Incompatibles avec la Charte des droits et libertés, elles sont par conséquent invalidées, tranchent les neuf juges du plus haut tribunal du pays.

    Dans sa décision, rendue hier, la Cour suprême ne détermine pas si la prostitution devrait être légalisée au Canada. Elle donne plutôt 12 mois au législateur fédéral pour trouver une solution au «problème épineux et délicat» de l`encadrement de la pratique.

    Ottawa «préoccupé»

    Le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, s`est dit «préoccupé» par le jugement de la Cour suprême. Il n`a pas spécifié comment son gouvernement entendait s`y conformer.

    «Nous étudions toutes les options possibles pour faire en sorte que les lois crimiellis continuent d`enrayer les torts considérables que cause la prostitution aux collectivités, aux personnes qui se livrent à la prostitution et aux personnes vulnérables», a déclaré le ministre MacKay dans un communiqué.

    Il est clair que le gouvernement conservateur ne légalisera pas tout bonnement la prostitution. Mais il pourrait profiter du jugement pour suivre la voie tracée par les nations scandinaves et criminaliser l`achat de services sexuels. C`est la voie que vient de choisir la France, non sans furieux débats.

    Amèrement déçue par le jugement, la Coalition des femmes pour l`abolition de la prostitution, qui représente sept organisations au Canada, fera d`ailleurs pression pour que le gouvernement adopte ce «modèle nordique», qui impose de lourdes amendes aux clients.

    «On a 12 mois pour y arriver, dit Diane Matte, porte-parole de la Coalition. Il faut reconnaître que la prostitution en elle-même est une forme de violence envers les femmes.»

    Valerie Scott, l`une des requérantes dans la cause, implore au contraire Ottawa de ne rien faire. Quand la Cour suprême a invalidé la loi interdisant l`avortement, en 1988, le gouvernement n`a pas rédigé une nouvelle loi, plaide-t-elle. «Il ne doit pas davantage le faire en ce qui concerne la prostitution. Sinon, la prochaine génération de travailleuses du sexe sera de retour ici», à la Cour suprême, pour mener une nouvelle bataille.

    Selon Mme Scott, le modèle nordique a eu des effets pervers «extrêmement dangereux» en poussant dans la clandestinité les prostituées des pays qui l`ont adopté.

    Les abolitionnistes rétorquent que l`exploitation sexuelle et la traite des femmes n`ont pas disparu dans les pays qui ont plutôt choisi de légaliser la prostitution. Au contraire, disent-ils, ces crimes ont pris de l`ampleur en Allemagne et aux Pays-Bas.

    La Cour suprême se garde bien de prendre position dans ce débat politique. «L`encadrement de la prostitution est un sujet complexe et délicat. Il appartiendra au législateur, s`il le juge opportun, de concevoir une nouvelle approche qui intègre les différents éléments du régime actuel», lit-on dans le jugement.

    Des risques graves

    Ce qui est totalement clair, pour la Cour suprême, c`est que trois dispositions du Code criminel, qui interdisent certaines activités entourant la prostitution, sont anticonstitutionellis.

    «Le législateur a le pouvoir de réprimer la nuisance, mais pas au prix de la santé, de la sécurité et de la vie des prostituées», écrit la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin.

    Interdire les maisons de débauche expose les prostituées à des risques graves, estime la Cour. «La disposition qui empêche une prostituée de la rue de recourir à un refuge sûr (...) alors qu`un tueur en série est soupçonné de sévir dans les rues est une disposition qui a perdu de vue son objectif.»

    Interdire la sollicitation est aussi hautement dangereux pour les prostituées de la rue, qui se trouvent ainsi empêchées de choisir leurs clients ou de négocier leurs conditions avec eux.

    «À supposer que l`évaluation préalable ait pu empêcher une seule femme de monter à bord de la voiture [du tueur en série de Vancouver] Robert Pickton, la gravité des effets préjudiciables est démontrée», souligne la juge McLachlin.

    Enfin, la Cour suprême conclut que l`article de loi qui interdit de vivre des fruits de la prostitution a une portée excessive, puisqu`elle n`établit aucune distinction entre un proxénète violent et profiteur et un simple gérant ou un garde du corps.

    Les trois dispositions resteront en vigueur jusqu`au 20 décembre 2014. Mais selon l`avocat Alan Young, représentant des trois travailleuses du sexe impliquées dans cette cause, les policiers et les procureurs feront désormais preuve de prudence, sachant que ces articles de loi ont été déclarés inconstitutionnels.

    «Il est très important de comprendre que le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, explique l`avocat. On ne verra pas de changements demain. Ce sera business as usual.»

    Me Young ajoute qu`il existe neuf dispositions criminalisant les comportements violents ou abusifs des proxénètes - et qu`il n`a jamais été question de les abolir. «Tout ce que nous avons fait tomber, ce sont des lois inefficaces, qui étaient déjà très peu appliquées et qui étaient néfastes pour les travailleuses du sexe.»

    Les réactions
    «C`est un jour sombre pour le principe d`égalité entre les hommes et les femmes. L`industrie du sexe exploite la pauvreté, le manque de choix offert aux femmes vulnérables. C`est une industrie vampire. Il faut réaliser l`urgence de modifier le Code criminel, et c`est ce qu`on va s`acharner à faire auprès du gouvernement canadien.»

    Diane Matte
    porte-parole de la Coalition des femmes pour l`abolition de la prostitution

    «Je suis peu surpris du fait que ce soit un jugement unanime. Je pensais, étant donné la nature divise du débat, qu`il y aurait des juges dissidents. Cela montre à quel point nos preuves étaient solides, et comment nous avons pu démontrer que les lois actuelles sont irrationellis et dommageables.»
    L`avocat Alan Young représentant les trois travailleuses du sexe à l`origine de la cause, qui a pleuré de joie hier matin en apprenant la décision de la Cour suprême

    «J`aimerais remercier la Cour suprême du Canada pour avoir déclaré que les travailleuses du sexe étaient des personnes. C`est la première fois dans l`histoire que nous sommes réellement considérées comme des citoyens de ce pays. Nous pourrons travailler de façon légale. Nous aurons droit au régime de santé et sécurité au travail, aux pensions de retraite. Hourra!»
    Valerie Scott
    requérante dans la cause

    «Enfin, les femmes vont pouvoir s`organiser entre elles. Créer des coopératives de travail, organiser des espaces sécuritaires, mettre en place des stratégies d`intervention pour aider les femmes qui le souhaitent à quitter le métier. Elles pourront cocher sur leurs déclarations de revenus: ``Je suis escorte, point barre.`` Et devenir des citoyennes à part entière.»
    Maryline
    militante québécoise et ex-travailleuse du sexe

    «C`est un grand jour pour toutes les travailleuses du sexe au Canada. Enfin, on reconnaît leurs droits à la sécurité, à la liberté et à la dignité. Ce jugement envoie un message clair à tous les agresseurs que le climat d`impunité vient de se terminer au Canada.»
    Émilie Laliberté
    directrice générale de Stella

    «Il n`y a rien de mal [à la prostitution]. C`est très sain et cela produit des hommes heureux, donc très productifs. Les hommes ne devraient pas être punis pour simplement obéir à leurs instincts naturels.»
    Terri Jean Bedford
    requérante dans la cause, à propos de l`idée de suivre le modèle nordique et de criminaliser l`achat de services sexuels au pays

    «Aujourd`hui, nous prenons acte de la décision de la Cour suprême qui établit que la façon dont certains comportements associés à la prostitution sont criminalisés ne fait pas partie des moyens à notre disposition.»
    Bertrand St-Arnaud
    ministre de la Justice du Québec

    «Nous sommes préoccupés des conséquences possibles de ce jugement qui facilitera la vie des clients et des proxénètes et qui aura certainement un effet sur l`augmentation du nombre de prostituées et sur la traite humaine»
    Julie Miville-Dechêne
    présidente du Conseil du statut de la femme

  3. #3
    Ottawa veut l’avis du public sur la prostitution

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles...ultation.shtml

    Le gouvernement fédéral lance des consultations en ligne pour connaître l'avis des Canadiens sur les infractions liées à la prostitution pour « éclairer » sa réponse à la décision de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Bedford.

    Rappelons qu'en décembre dernier, la Cour suprême du Canada a invalidé les lois interdisant de solliciter, de vivre des fruits de la prostitution et de tenir une maison de débauche. Elle a cependant suspendu l'application de sa décision pour un an, afin de permettre à Ottawa de réviser le Code criminel s'il le juge nécessaire.

    « Tous les Canadiennes et les Canadiens sont invités à faire part de leurs idées et points de vue sur cette question. »
    — Communiqué de presse du gouvernement fédéral

    Ottawa a déjà clairement indiqué son intention de présenter un nouveau projet de loi sur cette question, et ce, avant décembre prochain - date à laquelle les lois actuelles ne seront plus valides. Le ministre de la Justice, Peter MacKay a affirmé qu'Ottawa avait déjà commencé à rédiger le projet de loi.

    Le gouvernement dit cependant désormais qu'il souhaite que sa politique reflète les valeurs du Canada et c'est pourquoi il lance cette consultation, dit-il.

    « Notre gouvernement s'inquiète des torts considérables que la prostitution cause aux communautés, aux personnes qui se livrent à la prostitution et à d'autres personnes vulnérables », dit le gouvernement lundi par voix de communiqué de presse.

    « Il est hors de question de ne rien faire. »
    — Peter MacKey, ministre de la Justice

    La consultation en ligne sera ouverte du 17 février au 17 mars 2014, dit le ministère de la Justice.

    Exemple de questions du gouvernement :

    • À votre avis, l'achat de services sexuels auprès d'un adulte devrait-il constituer une infraction criminelle?
    • Si vous appuyez la vente ou l'achat de services sexuels, quelles restrictions prévoyant où et comment cela peut se dérouler devraient être imposées, le cas échéant?
    • Croyez-vous que le fait de bénéficier financièrement de la prostitution d'un adulte devrait constituer une infraction criminelle?

  4. #4
    Comment encadrer la prostitution?

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles...islation.shtml

    La Cour suprême a récemment invalidé les articles de loi encadrant la prostitution au pays. Ainsi, au nom de la sécurité des prostituées, la tenue d'une maison de débauche n'est plus criminelle. La Cour a donné un an au Parlement fédéral pour réécrire une loi encadrant la prostitution.

    Faut-il tout légaliser?

    Émilie Dubreuil a recueilli l'avis d'un homme et d'une femme qui offrent leurs services comme escortes. Le reportage est suivi d'un débat animé par Patrice Roy avec Émilie Laliberté, la directrice de Stella, un organisme qui défend les droits des travailleuses du sexe, et Julie Miville Dechene, présidente du Conseil du statut de la femme.

  5. #5
    Prostitution : le Canada doit adopter le modèle scandinave, selon une activiste de Calgary

    http://ici.radio-canada.ca/regions/a...titution.shtml

    Une défenseuse des travailleurs du sexe de Calgary veut que le Canada punisse les clients des prostituées plutôt que celles-ci.

    Natasha Falle exprimait cette opinion à l'occasion d'une rencontre sur le trafic sexuel tenue jeudi soir à l'Université de Calgary.

    « Le modèle nordique décriminalise ceux qui vendent leur corps et criminalise les clients et les proxénètes », rappelle la fondatrice de Sextrade101, un organisme de sensibilisation à la prostitution.

    « Rendez responsables les hommes qui sont à l'origine du problème, les gens qui demandent ces femmes. »
    — Natasha Falle, fondatrice de Sextrade101

    En Europe, les pays scandinaves ont été les premiers à pénaliser les clients au lieu des prostituées. La France a récemment adopté une loi en ce sens.

    En décembre, la Cour suprême du Canada a invalidé les articles du Code criminel relatifs à la prostitution, donnant à Ottawa une année pour les réviser.

    En vertu du Code criminel, il est illégal :

    • d'exploiter ou d'utiliser une maison de débauche, qui peut être le domicile d'une prostituée, un hôtel, mais, aussi, un espace de stationnement;
    • de vivre des fruits de la prostitution, notamment de faire du proxénétisme;
    • de faire de la sollicitation dans un lieu public ou à la vue du public.


    Le ministre de la Justice, Peter McKay, a promis que la nouvelle loi protégerait les femmes de la violence et des agressions sexuelles.

  6. #6
    Les salons de massage érotique se multiplient à Regina

    http://ici.radio-canada.ca/regions/s...-enquete.shtml

    Le nombre de salons de massage à Regina s'est presque décuplé en dix ans. À l'intérieur, des employées n'hésitent pas à discuter de services sexuels. Et la police, elle, dit ne pas pouvoir y faire grand-chose.

    De 2 à 3 salons il y a dix ans, on en compte maintenant entre 15 et 20, confirme l'enquêteur Tim Fliazek, du Service de police de Regina. Le policier indique que son service a fait enquête sur certains de ces endroits et y a découvert la vente de services sexuels.

    À l'aide d'une caméra cachée, un journaliste de l'équipe d'enquête de CBC s'est rendu dans huit salons de la rue Albert, de la rue Broad, de l'avenue Victoria, de la rue Rose et de la 11e Avenue. Il entrait, demandait quels étaient les services offerts et repartait. Dans six des huit salons, des services sexuels en échange d'argent ont été offerts ou sous-entendus.

    Dans la plupart des salons visités, les femmes, souvent d'origine asiatique et à l'anglais limité, ne voulaient pas donner de détails sur les services. Une employée au comptoir a toutefois indiqué qu'elle avait 10 femmes différentes, « de toutes les tailles, toutes les grosseurs et toutes les couleurs », « d'une blonde mince avec forte poitrine » à « une brunette à la poitrine extrêmement généreuse ».

    « Ça commence à 100$. Ça, c'est le prix de base, vous n'aurez pas grand-chose. Elles ne déshabillent même pas à ce prix-là [...] Mais si vous voulez la totale, les prix commencent à 200 $ pour une demi-heure. »
    — Employée d'un salon de massage de Regina

    Peu d'accusations déposées

    Peu importe les enquêtes, avec la récente décriminalisation de certains aspects de la prostitution par la Cour suprême du Canada, la police a peu de marge de manoeuvre. « Certains procureurs de la Couronne seniors ont donné la consigne de ne pas déposer d'accusations en vertu des lois sur la prostitution parce qu'elles ne survivraient pas longtemps devant les tribunaux », dit Tim Fliazek.

    Ce phénomène a d'ailleurs été observé dans d'autres provinces. Certaines, comme l'Alberta, ont pris l'initiative de rappeler à leurs policiers qu'il fallait déposer des accusations, malgré la décision de la Cour suprême. Celle-ci a donné à Ottawa jusqu'à décembre prochain pour réécrire les dispositions du Code criminel entourant la prostitution, s'il le luge nécessaire.

    Tim Fliazek insiste pour rappeler que la brigade des moeurs surveille toujours les salons en effectuant des visites régulières pour s'assurer que les employées n'y sont pas mineures ou forcées à travailler. Il fait aussi valoir que le nombre croissant de salons de massage semble avoir diminué le nombre de travailleuses du sexe à l'oeuvre dans la rue.

    Des clients surpris

    Beaucoup de salons de massage sont essentiellement des bordels déguisés, souligne un professeur spécialisé en recherche sur le commerce du sexe. « Nous roulons tous devant en nous demandant : "Ah bon, ceci est vraiment un salon de massothérapie accréditée, avec des néons qui clignotent, à 3 h du matin?" », ironise le professeur Benjamin Perrin, de l'Université de la Colombie-Britannique.

    Tim Fliazek assure que son enquête a découvert des clients surpris par les services sexuels de certains salons. « Une personne nous est venue en nous disant qu'elle avait mal au dos et s'était rendue dans un salon, où après le massage, la dame lui a offert des services sexuels pour de l'argent », raconte-t-il.

  7. #7
    Prostitution à Ottawa : de plus en plus derrière des portes closes, selon les policiers

    http://ici.radio-canada.ca/regions/o...s-closes.shtml

    Le Service de police d'Ottawa affirme que la prostitution est un commerce florissant dans la capitale nationale, et qu'elle s'est déplacée des coins de rue vers les maisons et les chambres d'hôtel.

    Plutôt que de faire la promotion de leurs activités dans les journaux, les travailleuses du sexe se tournent maintenant vers l'Internet, où des centaines de petites annonces locales sont publiées chaque jour.

    Si certaines femmes choisissent de travailler dans l'industrie du sexe, des dizaines d'autres y sont forcées, victimes du trafic de personnes.

    En décembre, la Cour suprême du Canada a invalidé un certain nombre de lois contre la prostitution et le gouvernement fédéral doit donc en adopter de nouvelles, ce qui représente une occasion, selon les opposants à la prostitution, de rendre illégal le paiement pour des services sexuels.

    « Vous travaillez 16 heures par jour toute la journée. Ça commence à 7 h du matin jusqu'à 3 ou 4 h le lendemain. Ça commence très tôt parce que les pères de famille ne veulent pas que leurs conjointes le sachent. »
    — Sarah, victime du trafic de personnes

    Lorsque Sarah, qui utilise un pseudonyme, était âgée de 21 ans, un membre des Hells Angels lui a fait du chantage afin qu'elle se prostitue. Quand elle a refusé, il l'a battue et il l'a forcée à consommer de l'OxyContin afin de la rendre dépendante.

    Durant tout ce temps, son proxénète la vendait à des hommes qui ont payé 300 $ par heure pour avoir des relations sexuelles avec elle. Sarah évalue à 1 million de dollars les profits que celui-ci a reçus grâce à elle, au cours des quatre années durant lesquelles elle fut son esclave.

    « Ils sont avocats, des hommes d'affaires, des médecins, tous les types d'hommes achètent des services sexuels. Le téléphone sonne constamment, sans arrêt », explique-t-elle, à propos des clients.

    Le proxénète de Sarah a pris son argent et a confisqué ses pièces d'identité. Pour éviter de se faire prendre, il l'a déplacée entre différents hôtels et maisons d'Ottawa.

    Des victimes trahies par leurs proches

    La consultante Helen Roos-Rémillard a étudié la traite de personnes à Ottawa et remarqué que certaines des femmes qui sont forcées à se prostituer sont en fait des adolescentes âgées de 13 à 15 ans.

    « Les clients [les] veulent de plus en plus jeunes. C'est de l'exploitation sexuelle des jeunes et c'est une tendance à travers le Canada », note-t-elle.

    « L'état d'esprit d'un client est le même que s'il commandait une pizza. »
    — Helen Roos-Rémillard, consultante

    Certaines des victimes que Mme Roos-Rémillard a interrogées, ont été utilisées par des amis et même des membres de leurs familles. Elles ont commencé dans les salons de massage et les bars de danseuses, avant d'être contraintes à se prostituer.

    Mme Ross-Rémilliard explique que les victimes de la traite de personnes à des fins sexuelles transitent par Windsor, Toronto, Montréal voir Vancouver et que les petits établissements le long des autoroutes sont comme des « conduits dans un pipeline ».

    « Il existe une corrélation directe entre la prostitution et la traite de personnes. Si nous voulons mettre fin au trafic d'êtres humains et l'exploitation sexuelle, nous allons devoir cibler la demande pour la prostitution », explique-t-elle.

    S'attaquer aux trafiquants, mais aussi aux clients

    Selon Julia Beazley, qui travaille à l'Alliance évangélique du Canada, une organisation qui fait du lobbying auprès du gouvernement fédéral, payer pour du sexe devrait être illégal, peu importe la forme de paiement, que ce soit en argent, en logement, en médicaments ou en nourriture.

    En ce moment, une telle loi n'existe pas et Mme Beazley affirme que la recherche démontre que les hommes seront dissuadés s'ils sont confrontés à des conséquences claires.

    « Il existe différentes études à travers le monde qui demandent aux clients masculins '' qu'est-ce qui vous ferait arrêter ? '' Et ceux-ci répondent '' de fortes amendes et le potentiel de peines d'emprisonnement me ferait arrêter de payer pour des rapports sexuels '' », explique-t-elle.

    Sarah croit aussi en cette approche et elle dit souhaiter que les policiers arrêtent à la fois les proxénètes et les clients qui remplissent les coffres des trafiquants.

    « S'il n'y a pas de clients, il n'y a pas de marché. C'est autant la faute des clients que celle des proxénètes. »
    — Sarah, victime du trafic de personnes

    Les militants pour l'abolition du trafic de personnes affirment que toute loi, qui rendrait l'achat de services sexuels illégal, devrait inclure des mesures afin d'aider les femmes à quitter la prostitution.

    Cela inclut plus d'argent pour les refuges et les organismes sociaux qui aident les victimes.

  8. #8
    Le trafic d'êtres humains est peu souvent puni au Canada, selon des experts

    http://ici.radio-canada.ca/regions/m...e-nombre.shtml

    Des changements législatifs conçus pour attraper ceux qui font la traite de personnes vulnérables ont donné lieu à peu de mises en accusation et à encore moins de condamnations au Canada, constatent plusieurs intervenants.

    Depuis l'entrée en vigueur des changements au Code criminel en 2005, il y a eu 35 condamnations relatives à la traite des personnes, selon le plus récent rapport de Sécurité publique Canada. Également, les chiffres de Statistique Canada montrent que 125 personnes ont été inculpées entre 2005 et 2012 pour des crimes dont le trafic d'êtres humains était le plus grave.

    Peut être accusée de trafic d'êtres humains toute personne qui force une autre à travailler, où à se livrer au commerce du sexe. Si reconnu coupable, un accusé s'expose à un maximum de 14 ans de prison et, si la victime est mineure, à un minimum de 5 ans.

    Le nombre de mises en accusation et de condamnation doit augmenter, clame la députée conservatrice winnipégoise Joy Smith, une militante active contre la traite des personnes. « Je crois que trop de gens s'en sortent, essentiellement parce que le trafic d'êtres humains passait sous le radar et que la police n'était pas formée à le combattre », estime la politicienne.

    Joy Smith ajoute que les policiers sont aujourd'hui formés, mais qu'il revient maintenant à l'appareil judiciaire de poursuivre les démarches. « Les juges doivent comprendre ce qu'est le trafic d'êtres humains, dit-elle. Eux aussi laissent des gens s'en sortir, et on se demande comment cela se peut. »

    Le gouvernement conservateur fédéral a investi 25 millions de dollars en quatre ans sur un plan national d'action contre la traite de personnes. Des provinces aussi investissent, comme le Manitoba qui consacre 10 millions de dollars par an à sa stratégie de lutte à l'exploitation sexuelle. Peu importe, Mme Smith demeure « insatisfaite du financement et du manque d'éducation » à la problématique.

    Le témoignage de Christine

    Radio-Canada s'est entretenue avec une femme disant avoir été victime de trafic. Ex-prostituée de rue, « Christine », dont Radio-Canada a accepté de protéger l'identité, affirme que la loi ne l'a pas protégée et que le système de justice ne voit pas les femmes comme elle comme des victimes de crime.

    « Personne ne cherche à en savoir davantage, à demander : "Pourquoi fais-tu le trottoir?" ou "Qu'est-ce qui t'a amené à faire ça?" »
    — Christine

    La femme aujourd'hui trentenaire raconte avoir quitté la banlieue pour se retrouver dans l'enfer du crack dans le quartier North End de Winnipeg, par l'intermédiaire de copains qu'elle a fréquentés. « Je suis passé de prendre de la coke les fins de semaine à soudainement vendre de la drogue dans le North End », dit-elle.

    Après être devenue accro au crack, elle a rencontré l'homme qui l'a exploitée. Elle a emménagé avec sa famille, qui a ensuite menacé de la mettre dehors si elle ne se prostituait pas, relate Christine. Se sentant prise au piège, elle a accepté. « Je suis devenue leur propriété afin de me procurer ma drogue », résume Christine.

    Des victimes se taisent

    Selon une procureure de la Couronne au Manitoba, le trafic d'êtres humains est un crime peu signalé. « Nous avons eu à poursuivre très peu de causes pour ce crime. Les victimes de ce crime ne dénoncent généralement pas ce qu'elles subissent à la police », dit Me Jennifer Mann.

    Le sergent détective Darryl Ramkissoon, du Service de police de Winnipeg, opine. « Souvent, les filles ne veulent pas passer à travers le processus judiciaire, alors ça s'arrête là », constate le policier, qui indique que d'autres accusations, comme vivre des fruits de la prostitution, sont parfois déposées pour sortir les victimes de leur situation.

    La majorité des accusations ont été déposées en Ontario et en Saskatchewan. Le Nord canadien et le Manitoba n'en comptent aucune, selon les données de Statistique Canada. L'absence de condamnations dans ces territoires à forte population autochtone est inquiétante, selon la directrice du Groupe de travail sur la traite des femmes et des filles au Canada, créé par la Fondation canadienne des femmes.

    Diane Redsky assure que selon ses recherches, 50 % des femmes victimes de traite sont autochtones. « Nous savons que la majorité des femmes et filles victimes de traite sont marginalisées; elles sont donc Autochtones, immigrantes, réfugiées, membres de minorités visibles ou culturelles ou dans la pauvreté », expose Mme Redsky.

    Venues d'ailleurs pour être exploitées

    Plus de 90 % des condamnations pour trafic d'êtres humains au Canada concernent du trafic intérieur. Les autres condamnations concernent des personnes que l'on a fait venir d'un autre pays. Cet écart préoccupe « profondément » l'expert et auteur Benjamin Perrin, car ses recherches ont démontré qu'un grand nombre de victimes étrangères au Canada viennent d'Europe de l'Est et d'Asie. « Leurs trafiquants n'ont jamais été poursuivis. Cela suggère que les criminels derrière ces entreprises s'en sortent impunément », juge M. Perrin.

    La ministre du Statut de la femme, Kellie Leith, déclare que le gouvernement fédéral se préoccupe grandement du trafic d'êtres humains et souligne l'investissement de plus de 25 millions pour créer un plan d'action national.

  9. #9
    Exploitation sexuelle: les trafiquants impunis faute de moyens

    http://www.lapresse.ca/actualites/ju...-de-moyens.php

    La traite de personnes à des fins d`exploitation sexuelle est «très répandue au Canada», mais le manque de ressources allouées à ces enquêtes coûteuses et complexes condamne la plupart des victimes à rester sous l`emprise d`impitoyables trafiquants.

    C`est ce que conclut le Centre national de coordination contre la traite de personnes de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), dans le Projet Safekeeping, une évaluation de la traite interne des personnes à des fins d`exploitation sexuelle au pays.

    «Les enquêtes sur la traite de personnes menées jusqu`à présent au Canada ont seulement dévoilé la pointe de l`iceberg», lit-on dans ce rapport. «À certains endroits au pays, les organismes et agents d`application de la loi ne mènent pas d`enquête sur la traite de personnes parce qu`ils ne connaissent pas toujours les dispositions législatives relatives à ce crime, ne comprennent pas bien le crime, manquent de ressources ou ont d`autres priorités.»

    Le rapport de la GRC révèle qu`à elle seule, l`équipe de la région Ouest du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ciblé, en 2012 et en 2013, environ 65 suspects qui pourraient être impliqués dans la traite de personnes. Ces suspects, associés à des gangs de rue, sont liés à des fugueuses, des danseuses et des prostituées, avec lesquelles ils sont agressifs.

    Faute de moyens, aucun d`eux n`a pourtant été arrêté. «En raison d`un manque de ressources opérationellis et de main-d`oeuvre et à cause de priorités concurrentielles, il n`a pas été possible de recueillir plus de renseignements ou d`enquêter de manière proactive sur les activités de traite de personnes des suspects identifiés et sur les victimes potentielles», lit-on dans le rapport.

    Les enquêtes sur la traite de personnes reposent presque entièrement sur la coopération des victimes. Pour les policiers, obtenir leur confiance nécessite énormément de temps et d`efforts. «Pour cette raison, les ressources affectées à ces enquêtes sont limitées et la priorité est souvent accordée à d`autres affaires», souligne le rapport, qui recommande la création d`escouades spécialisées pour enquêter sur ces crimes.

    En décembre, le gouvernement fédéral a d`ailleurs fait un premier pas en ce sens en annonçant la mise sur pied d`une première équipe de lutte contre la traite de personnes. Basée à Montréal, l`équipe comptera une douzaine d`enquêteurs de la GRC et sera dotée d`un budget annuel de2 millions de dollars.

    Le Centre national de coordination contre la traite de personnes de la GRC a épluché 132 affaires de traite de personnes signalées entre 2007 et 2013 au Canada. Son rapport, baptisé Projet Safekeeping, dresse le portrait des victimes et des trafiquants, en plus d`exposer leur modus operandi.

    Les victimes

    Elles sont âgées de 14 à 22 ans. Environ 40% d`entre elles sont mineures. La plupart sont Canadiennes, de race blanche. Les plus vulnérables ont besoin d`argent, d`amour ou d`affection. Près de la moitié des victimes n`avaient aucune expérience de la prostitution quand elles ont été recrutées. En fait, prévient la GRC, de plus en plus de femmes «relativement stables» tombent dans le piège des trafiquants.

    Les trafiquants

    Âgés de 19 à 32 ans, ils sont Canadiens, de différentes origines ethniques. Ce sont généralement des hommes, mais on compte de plus en plus de femmes dans leurs rangs. Au Canada, dans près de la moitié des cas, les trafiquants sont associés à des gangs de rue. Au Québec, cette proportion grimpe à 70%. Jusqu`ici, dans la province, des accusations de traite ont été déposées contre 52 membres de gangs de rue - aucune contre des motards.

    L`appât du gain

    Pour les trafiquants, c`est le crime parfait, puisque la ressource ne coûte rien, rapporte gros et peut être exploitée pendant de nombreuses années. La plupart du temps, les trafiquants récoltent tous les profits. Parfois, ils fouillent même leurs victimes pour s`assurer qu`elles ne cachent pas d`argent.

    Un trafiquant qui force une victime à fournir des services sexuels à des clients tous les jours fait des profits de 3500$ à 7000$ par semaine.

    Les dettes

    Les trafiquants imposent des dettes à leurs victimes pour établir leur domination. Ils leur disent qu`elles doivent rembourser les sorties au restaurant, la drogue et les vêtements offerts au début de leur relation. Plusieurs fixent aussi des «droits de départ» aux femmes qui veulent les quitter ou cesser de se prostituer. Ces droits sont si élevés - jusqu`à 365 000$ - qu`elles ne pourront jamais les payer.

    Montréal, ville ouverte

    Les trafiquants sévissent partout au Québec, mais sont particulièrement actifs à Montréal. Depuis 2007, les trois quarts des 40 accusations de traite déposées dans la province l`ont été dans la métropole. «La demande de services de prostitution est élevée dans cette ville en raison des nombreux bars de danseuses nues qui attirent des résidants locaux et des touristes d`autres provinces et des États-Unis», lit-on dans le rapport. «Depuis 2010, plusieurs trafiquants à Montréal exploitent leur propre agence d`escortes ou salon de massage.»

  10. #10
    Exploitation sexuelle : aider les victimes et épingler les proxénètes

    http://ici.radio-canada.ca/regions/M...n-action.shtml

    La « constante évolution » de l'industrie du sexe et son omniprésence dans les rues de la métropole poussent le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) à trouver des moyens de corriger la situation.

    « Actuellement, la prostitution, le proxénétisme et le contrôle des filles - donc la traite - représentent la deuxième source de profit du crime organisé. Ça va directement après les stupéfiants et juste avant le trafic des armes », a illustré l'inspectrice-chef Johanne Paquin, l'une des maîtres d'œuvre du plan d'action triennal déposé lundi.

    Il s'agit donc d'un dossier « prioritaire » pour le SPVM, qui se fixe le double objectif de venir en aide aux potentielles victimes d'exploitation sexuelle et de traquer ceux qui les exploitent.

    « La lecture qu'on a faite de notre environnement au cours des dernières années nous démontre qu'il y a une situation problématique sur le territoire de Montréal », a expliqué l'inspecteur-chef Paquin, qui planche sur la stratégie depuis l'an dernier avec divers collaborateurs.

    À l'heure actuelle, les brigades d'intervention du SPVM en matière de prostitution sont scindées : une dizaine d'enquêteurs se consacrent à la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, tandis qu'environ une quarantaine se chargent de tout ce qui concerne la prostitution adulte et la traite de personnes à des fins d'exploitation sexuelle.

    Dans son plan directeur, le service de police prône entre autres la création d'une escouade métropolitaine mixte (EMM) qui serait responsable des enquêtes en matière de traite de personnes et de proxénétisme et à laquelle se grefferaient des enquêteurs des couronnes nord et sud de Montréal, de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

    « On sait très bien que dans cette problématique-là, les victimes sont mobiles. Si elles opèrent sur le territoire de Montréal et (que les proxénètes) sentent la soupe chaude à un moment donné, ils transportent les filles ailleurs, sur un autre territoire », a souligné l'inspectrice-chef Johanne Paquin.

    Si le phénomène de la prostitution est omniprésent dans la métropole, il est difficile de quantifier son ampleur en raison des constantes transformations survenues dans l'industrie du sexe au cours des dernières années.

    L'époque où ceux qui vivaient des fruits de la prostitution arpentaient les rues pour trouver des clients est révolue, sans compter que le caractère tentaculaire de l'industrie et la clandestinité des opérations compliquent encore plus la tâche.

    « Il y en a de moins en moins de prostitution sur la rue; ça représente environ 3 % de la grande situation de la prostitution, a affirmé l'inspecteur-chef Paquin. C'est presque disparu. Il y a différentes formes de prostitution : à travers les bars, les services d'escorte, les salons de massage, les hôtels, sur Internet, etc. »

    Le SPVM espère néanmoins parvenir à brosser d'ici 2016 un portrait plus détaillé de la situation à Montréal, qu'il considère toujours comme une « plaque tournante » de l'industrie du sexe.

    Pour l'heure, le service de police préfère ne pas évoquer d'échéancier fixe pour la mise en place des mesures présentées dans le plan. Son coût n'est pas non plus détaillé.

  11. #11
    Des travailleuses du sexe s'estiment mal protégées

    http://www.lapresse.ca/actualites/20...-protegees.php

    C'était le 18 mars, en après-midi. Marie* avait été appelée dans un petit motel de la rue Saint-Hubert. Tout se déroulait comme d'habitude, jusqu'à ce que le client retire son condom. Marie a refusé de continuer. Il l'a frappée en plein visage. «J'ai eu la chance d'être dans un motel cheap avec des murs en carton. Je me suis mise à hurler; il a eu peur et s'est enfui. Mais la prochaine fois, aura-t-il un couteau pour que la fille ne hurle pas?»

    Encore sous le choc, Marie a téléphoné à l'organisme Stella, qui recueille et diffuse les signalements des mauvais clients et des agresseurs des travailleuses du sexe de Montréal. «J'ai décrit le client. Son âge, son allure physique, son numéro de cellulaire. On m'a répondu: "Tu es la troisième ce mois-ci. Ce gars-là, on le connaît."»

    Brutal et dangereux, le client n'a pourtant jamais été inquiété par les policiers. Marie, comme les autres, n'a pas porté plainte. Elle ne sait tout simplement pas où se tourner pour le faire.

    Pendant plusieurs années, trois agentes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont répondu aux plaintes des travailleuses du sexe, leur assurant qu'elles seraient écoutées et qu'elles ne risquaient pas d'être arrêtées. «On avait travaillé très fort à mettre ce corridor en place, justement parce que les femmes qui se plaignaient à leur poste de quartier se faisaient souvent rabrouer», explique Émilie Laliberté, ancienne directrice de Stella.

    Retour à la case départ

    L'an dernier, les trois policières ont été affectées à d'autres fonctions. Depuis, les travailleuses du sexe sont de retour à la case départ. «Les liens n'existent plus avec le SPVM», déplore Maya*, une escorte violemment agressée par un client, en novembre. «Je serais prête à témoigner en cour, mais nous ne sommes jamais bien accueillies. Plusieurs nous disent encore qu'on ne nous a pas violées, mais seulement pas payées... Les policiers ne sont pas tous cool avec les travailleuses du sexe.»

    Au SPVM, on explique qu'il n'y a jamais eu d'entente formelle avec Stella. Au fil des ans, l'organisme communautaire avait tissé des liens avec des policières qui ont simplement été mutées ailleurs. La prostitution reste l'une des priorités du service, assure-t-on. Un plan d'action est d'ailleurs prêt et sera dévoilé incessamment.

    Cinq morts tragiques
    Au moins une quinzaine de meurtres de prostituées ont été recensés depuis une décennie au Québec. En voici cinq.

    10 décembre 2006

    Kelly Morisseau, une prostituée de 27 ans, est retrouvée nue dans un stationnement de Hull. Mère de trois enfants, la jeune autochtone était enceinte quand elle a été poignardée.

    24 mai 2007

    Marie-France Robichaud, 52 ans, menait une double vie d'escorte. Son corps a été retrouvé dans le coffre de sa voiture incendiée, à Chambly, cinq jours après sa disparition.

    15 octobre 2007

    Le cadavre de Nicole Blanchette, 49 ans, est retrouvé au parc Dézéry, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. La mère de famille se prostituait depuis peu pour payer sa drogue.

    10 août 2009

    Le corps de Sonia Frappier, prostituée de rue de 30 ans, est retrouvé dans un stationnement de Laval.

    19 février 2011

    Mylène Dupuis, 21 ans, est poignardée par son client, Victor Martinez Morales. Le travailleur mexicain refusait de lui verser 20 $ pour son temps supplémentaire.

    ________________________________________________

    Reste que trop souvent, il faut attendre que plusieurs prostituées soient agressées pour que les policiers prennent la chose au sérieux et fassent enquête, déplorent les deux escortes. Une quinzaine de femmes ont été assassinées ces dernières années à Montréal, dans la plus grande indifférence, souligne Maya. «Pourquoi faut-il attendre qu'il y ait un [tueur en série comme Robert] Pickton pour agir?»

    Si les policiers étaient plus prompts à protéger les prostituées, l'ensemble des femmes seraient aussi mieux protégées, croit Marie. «Souvent, les agresseurs se font d'abord la main sur les travailleuses du sexe, puis s'en prennent à d'autres femmes quand ils ont confiance en eux.» Des agresseurs comme Claude Larouche, qui purge une peine de prison à vie pour le meurtre de Natasha Cournoyer et pour la tentative de meurtre d'une prostituée, à laquelle il a plaidé coupable. «Larouche, on l'a eu comme client, dit Maya. Il avait le regard vide d'un prédateur qu'on ne pourra jamais oublier.»

    Sur la soixantaine d'agressions rapportées chaque année à Stella, environ 10% font l'objet d'une plainte officielle au SPVM. «C'est difficile de se rendre au poste de quartier quand tu es plutôt habituée à te cacher de la police, dit Anna-Aude Caouette, coordonnatrice de l'équipe clinique de Stella. Et pour certains policiers, il est complexe de prendre une plainte en fermant les yeux sur ce qu'ils considèrent comme un acte criminel, c'est-à-dire un échange de services sexuels contre de l'argent.»

    Liste rouge

    Faute de mieux, les travailleuses du sexe s'organisent entre elles pour se prémunir contre les agressions. Chaque mois, depuis 15 ans, Stella publie ainsi sa liste de mauvais clients et agresseurs. Certaines descriptions donnent froid dans le dos. Comme celle de Guy, la cinquantaine, cheveux gris-blanc, qui «utilise une grosse chaîne en métal comme arme» et qui cible les femmes d'Hochelaga-Maisonneuve. «Il s'organise pour que les travailleuses du sexe lui doivent de l'argent, lit-on dans le bulletin. Lorsqu'il veut se faire rembourser, il les menace de les battre avec sa chaîne. Parfois, il amène les travailleuses du sexe chez lui, leur demande des complets sans condom et, si elles refusent, il les bat ou les viole.»

    Les origines de cette liste remontent à loin. «Avant, les filles qui travaillaient sur la Main utilisaient les toilettes du bar le Midway pour passer leurs messages, raconte Maya. Elles écrivaient les numéros de plaque des mauvais clients sur des bouts de papier qu'elles roulaient et glissaient dans une fente du mur. Aujourd'hui, le bulletin de Stella joue le même rôle. Pour les escortes, c'est la seule façon d'être informées sur les clients dangereux.»

    Marie veut maintenant aller plus loin. Elle travaille à la création d'un site web, où la liste noire des clients sera accessible, sans délai, aux travailleuses du sexe. «En 2014, il est temps qu'on passe du papier à l'informatique, surtout si ça peut en aider d'autres. Moi, je ne veux plus jamais qu'une fille se fasse dire: "Tu es la troisième..."»

    *Noms fictifs

  12. #12
    Le modèle suédois critiqué

    http://www.lapresse.ca/actualites/20...s-critique.php

    Loin de protéger les prostituées, une éventuelle criminalisation des clients risquerait au contraire de les exposer à encore plus de violences, craint l'organisme Stella, qui soutient les travailleuses du sexe depuis deux décennies.

    Dans un jugement unanime, en décembre, la Cour suprême a invalidé trois articles de lois qui interdisent le proxénétisme, la sollicitation et la tenue d'une maison de débauche.

    Le gouvernement conservateur présentera sous peu un nouveau projet de loi pour encadrer la prostitution au Canada. Plusieurs observateurs s'attendent à ce qu'il s'inspire du modèle suédois, qui criminalise les clients, mais pas les prostituées.

    «Cela voudrait dire que l'avocat, le médecin, le policier, le juge, le politicien, le journaliste va cesser de venir me voir, dit Maya*. Ceux qui vont rester, ce sont ceux qui sortent de prison, et qui n'en ont plus rien à foutre d'avoir un dossier criminel. Je vais perdre tous les clients qui étaient un peu plus respectueux.»

    Le modèle suédois est loin d'avoir fait ses preuves, ajoute Émilie Laliberté, ancienne directrice de Stella. «La police suédoise peine davantage à démanteler des réseaux de trafiquants, dit-elle. Dans le passé, les clients rapportaient des situations abusives, par exemple quand une fille ne semblait pas travailler de son plein gré. Mais depuis que les clients sont considérés comme des criminels, ils ne collaborent plus avec la police.»

    Si Ottawa choisit effectivement cette voie, Maya prévoit abandonner le travail en agence, pas assez discret. «Je vais probablement devoir travailler seule, et me déplacer chez les clients. Ce sera plus risqué. Les filles auront moins de clients et seront obligées de repousser leurs limites, en acceptant par exemple des fellations sans condom, pour pouvoir continuer à payer leur loyer.»

    * Nom fictif

  13. #13
    Montréal songe à tolérer les salons de massage érotique

    http://journalmetro.com/actualites/m...ns-de-massage/

    L’administration Coderre songe sérieusement à revoir sa stratégie contre les salons de massage érotique, plutôt que de les éradiquer, l’objectif sera de mieux les encadrer.

    «À force de faire le tour du milieu, je ne crois plus que de fermer tous ces salons soit la meilleure solution», a affirmé mercredi à Métro Anie Samson, responsable de la sécurité publique à la Ville. Mme Samson, qui se dit particulièrement inquiète du sort des femmes exploitées par cette industrie, estime qu’il est préférable de légiférer que de les laisser dans la clandestinité.

    «Je songe à imposer un contrôle identitaire de toutes les travailleuses par la police, par exemple, et permettre que des agents surveillent régulièrement les lieux pour que tout se déroule correctement», a-t-elle dit. De telles stratégies permettraient à son avis «d’éviter la traite des femmes».

    Mme Samson prévoit aussi la création de deux types de permis, un pour les salons de massothérapie et un pour les salons de massage érotique, qui indiqueraient clairement qu’il s’agit de commerces à caractère sexuel. «Le problème, c’est que le seul endroit en ville qui permet ce type de commerce c’est le centre-ville», dit-elle, ajoutant qu’il ne semble pas intéressant de concentrer tous les salons de massage érotique dans une seule zone.

    Il y a donc encore beaucoup de réflexions à avoir pour déterminer le meilleur plan d’attaque et aucune décision finale n’a encore été prise, prévient-elle, «je dois discuter et faire valider ces scénarios auprès de la police, de la cour municipale et de tous les maires d’arrondissement, etc.»

    Maria Mourani se dit déçue
    La députée fédérale d’Ahuntsic, Maria Mourani, se désole de ce changement de ton. «La seule façon de lutter contre l’exploitation sexuelle, c’est d’éradiquer tous ces bordels contemporains», tranche la criminologue de formation, qui était à l’UQAM mercredi à l’occasion d’une conférence sur la traite de personnes.

    Mme Mourani ajoute toutefois qu’il est très difficile de retirer les permis déjà octroyés. «Le seul moyen légal de fermer le commerce est d’exiger la tenue d’une enquête policière, qui, en plus d’être longue et coûteuse, ne permet pas à tout coup de recueillir suffisamment de preuves», explique-t-elle. La Ville de Montréal et le service de police doivent multiplier les effectifs policiers pour que plus d’enquêtes se tiennent, selon elle.

    Le gouvernement fédéral pourra bientôt donner de nouvelles armes aux municipalités, assure Mme Mourani. «Grâce au jugement de la Cour suprême, Ottawa va être forcé d’ici la fin de l’année de revoir les lois entourant la prostitution. Si on définit clairement ce qu’est la prostitution, qu’on reconnaît que c’est un crime, tout comme les ventes et les achats de services sexuels, ça va faciliter le travail de tout le monde», ajoute-t-elle.

    Chiffres récents sur l’exploitation sexuelle au Québec
    À l’occasion d’une journée-conférence à l’UQAM, Maria Mourani a partagé des données récentes sur l’exploitation sexuelle au Québec. L’événement était organisé par le Centre de recherches et d’activités culturelles et communautaires pour les diversités.

    Selon des données de la Gendarmerie royale du Canada :

    • 80% de la traite d’humains au Canada est liée à l’exploitation sexuelle.


    Selon le service de renseignement criminel du Québec :

    • 39% des victimes d’exploitation sexuelle sont mineures
    • 89% des victimes sont de sexe féminin.
    • Une femme exploitée rapporte en moyenne 280 000$ par année à son proxénète

  14. #14
    Prostitution: le modèle suédois, miracle ou échec?

    http://www.lapresse.ca/international...e-ou-echec.php

    (Stockholm, Suède) Le gouvernement Harper devra bientôt revoir sa loi sur la prostitution, invalidée en partie par la Cour suprême parce qu'elle met en danger la vie et la sécurité des prostituées. Ottawa est tenté par le modèle suédois, qui incrimine plutôt les clients. Adoptée en 1999, la loi aurait permis de diminuer de moitié le nombre de prostituées. Certains crient au miracle, d'autres affirment que les prostituées ont simplement migré vers l'internet. La Presse s'est rendue à Stockholm.

    Le soir, Anna* (*les noms des prostituées sont fictifs), 60 ans, arpente Samuelsgatan et Malmskillnadsgatan, les deux seules rues de Stockholm fréquentées par des prostituées. Une poignée de filles font le trottoir. Les autres se sont réfugiées sur l'internet.

    Vêtue d'un pantalon en cuir, juchée sur des talons hauts, Anna attend les rares clients qui osent s'aventurer dans Samuelsgatan. Depuis qu'ils risquent la prison ou une amende salée, ils sont nerveux. Tout se fait à la sauvette. Les hommes parlent aux femmes en jetant un regard inquiet au-dessus de leur épaule. Ils vivent dans la hantise de se faire arrêter par la police. En Suède, payer une prostituée est non seulement un crime, mais aussi une honte.

    Anna est avec une «collègue» italienne, Carlotta. Cheveux blonds, bottes noires, vernis à ongles bruns, sacoche dans une main, cigarette dans l'autre. Carlotta affirme qu'elle n'a que 40 ans, mais le fond de teint figé dans les rides de son visage trahit le poids des années.

    Il est 23h. On cherche un endroit tranquille pour discuter. Dans le quartier commercial où sont situées Samuelsgatan et Malmskillnadsgatan, tout est fermé. L'endroit est désert. L'éclairage cru des boutiques à la mode accentue l'aspect fantomatique des rues. On s'approche d'un café ouvert, mais Carlotta secoue la tête. Les serveurs la connaissent, ils vont la chasser. On déniche un bar, mais la musique tonitruante enterre nos voix. Pas évident de raconter sa vie de prostituée en hurlant.

    On retourne dans la rue. Une voiture de police roule lentement dans Malmskillnadsgatan. À bord, trois policiers. Ils laissent les filles tranquilles. Acheter des services sexuels est criminel, mais en vendre est permis. Les prostituées travaillent en toute légalité.

    Carlotta et Anna se plaignent. Il n'y a presque plus de clients. «La loi devait nous protéger, mais elle nous empêche de travailler», dit Carlotta.

    Anna a quitté sa Pologne natale avec sa fille de 14 ans, à la recherche d'une vie normale. Elle s'est retrouvée sur le trottoir. Aujourd'hui, sa fille a 38 ans et Anna est toujours dans la rue à racoler des clients qui se font de plus en plus rares.

    «Personne ne choisit de devenir prostitué», dit Carlotta. Elle s'impatiente. Elle ne veut plus me parler, car ma présence fait fuir les clients. Elle entraîne Anna avec elle.

    Dans la rue Samuelsgatan, Lola, une jeune prostituée espagnole, accepte de répondre à quelques questions. Mince, jolie. Un jeans blanc immaculé moule ses longues jambes.

    «La loi? Ça ne me dérange pas, répond-elle. Je n'ai aucun problème pour trouver des clients.»

    Lola a 25 ans. Sa vraie vie est en Espagne, où vivent ses enfants âgés de 2 et 6 ans. Elle se prostitue depuis cinq ans. Elle gagne beaucoup d'argent, dit-elle: 10 000 couronnes par semaine (1700$).

    Anna, Carlotta, Lola; une Polonaise, une Italienne, une Espagnole. Dans la rue, il n'y a pas de prostituées suédoises.

    Le virage

    Lorsque la Suède a adopté la loi qui criminalisait le client, en 1999, peu de pays y croyaient. «Ils trouvaient que c'était ridicule», raconte la chancelière, Anna Skarhed.

    Avant d'être chancelière - le plus haut poste judiciaire en Suède -, Anna Skarhed a été juge à la Cour suprême. Elle a aussi présidé une commission chargée d'évaluer l'impact de la loi de 1999 sur la criminalisation des clients. Elle a remis son rapport en 2010.

    Les travaux ont duré deux ans. Anna Skarhed prend une copie de son rapport qui traîne sur sa table de travail. Des fenêtres de son bureau, on voit l'embouchure du lac Mälar, qui se jette dans la mer Baltique. Stockholm est un archipel composé de 14 îles reliées par 52 ponts.

    «Tous les effets pervers que nous redoutions ne se sont pas produits, affirme Anna Skarhed en tournant les pages de son rapport. La prostitution n'est pas devenue plus souterraine parce que les clients ont peur de se faire arrêter.»

    Elle rejette l'idée que les prostituées sont plus à risque parce qu'elles n'ont pas le temps d'évaluer si un client est dangereux.

    «Elles peuvent appeler la police si elles ont un problème», précise-t-elle.

    Anna Skarhed ne s'en cache pas, le but de la loi est d'abolir la prostitution.

    Vision angélique?

    «Non, se défend-elle. Pour nous, c'est une question d'égalité hommes-femmes. Une société moderne ne peut pas accepter qu'un homme achète le corps d'une femme. En Allemagne, où la prostitution est légale, les jeunes de 18 ans vont voir une prostituée pour fêter l'obtention de leur diplôme. Ils s'en vantent. Ici, c'est impensable, la prostitution est une honte.»

    Jonas Trolle, inspecteur de police principal, se joint à nous. Quarante-deux ans, jeans et grosses lunettes à monture carrée, il n'a pas l'allure d'un policier. C'est un farouche défenseur de la loi. La prostitution, dit-il, a diminué de façon spectaculaire depuis 1999.

    «On compte environ 1000 prostituées en Suède et à peine une quinzaine dans les rues de Stockholm. Pour une ville de 1 million d'habitants, c'est vraiment peu. On peut remercier la loi.»

    Et l'internet, où le nombre de prostituées a explosé?

    «Il n'y a qu'une centaine d'escortes sur l'internet, proteste-t-il. Les annonces se dédoublent et donnent l'impression qu'il y en a beaucoup plus.»

    Pia Turesson, une travailleuse sociale qui fait partie du programme d'aide aux prostituées de la ville de Stockholm, ne croit pas que le déclin de la prostitution de rue soit attribuable à la loi de 1999. «C'est l'internet qui a tout changé, affirme-t-elle. On donne trop de pouvoir à cette loi.»

    Pye Jacobsson, elle, s'oppose férocement à la loi. Cette ancienne prostituée a créé une association, Rose Alliance, qui regroupe des travailleuses du sexe.

    Elle conteste les chiffres. «La prostitution n'a pas diminué, elle s'est déplacée. Les chiffres de la police, c'est de la bullshit! Ils oublient les cinémas pornos et les saunas gais. Je ne dis pas qu'il y a 20 000 prostituées en Suède. La vérité serait plutôt entre 1000 et 20 000.»

    L'internet a bouleversé le paysage de la prostitution. La création de l'Union européenne, qui a aboli les frontières, et la légalisation de la prostitution dans certains pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas ont aussi contribué à faire exploser le marché en Europe.

    La Suède est restée à l'abri de cette expansion phénoménale grâce à la loi de 1999, croit la chancelière Anna Skarhed.

    «J'ai choisi ce métier»

    Tout est blanc: le canapé en cuir, les tapis, les murs. Même le chat est blanc. Des souliers aux talons vertigineux traînent dans l'entrée du petit appartement d'une propreté maniaque.

    «J'aime le blanc», dit Ines* (*Son nom de travail) en souriant. Elle est assise au bord du canapé, son ordinateur - blanc - à côté d'elle. Jeune, 26 ans, grande, filiforme, cheveux noirs qui tombent droit jusqu'au milieu du dos. Ses seins énormes pointent comme des obus. Elle bouge sans arrêt, son corps, ses mains, ses jambes. Son anglais est mâtiné d'un fort accent d'Europe du Nord, son suédois est minimaliste.

    Ines travaille comme prostituée depuis six ans. Seule, sans proxénète. Elle annonce ses services sur l'internet (www.ero-escort.com). Ses charmes sont étalés sans pudeur. Ses tarifs aussi: 1000 couronnes (170$) pour 15 minutes, 1500 (200$) pour 30, 2500 (420$) pour une heure.

    Elle reçoit ses clients chez elle, dans son trois-pièces immaculé. En six ans, elle en a vu de toutes les couleurs: des jeunes, des hommes mariés, des gentils, des arrogants, des «snobs qui ont beaucoup d'argent et qui ne se gênent pas pour me dire à quel point leur vie est formidable».

    La plupart ont entre 35 et 45 ans. Elle n'est jamais tombée amoureuse d'un client. «Je les vois pour le sexe et ils me paient pour le sexe.»

    Leurs demandes varient peu. La plupart veulent être dominés. Certains préfèrent être pénétrés avec un godemiché. Elle s'habille souvent en petite fille, en infirmière ou en secrétaire. Les talons hauts sont très populaires. «Ils veulent du sexe que leur femme ne leur donnera jamais», explique-t-elle.

    Elle reçoit parfois des demandes particulières. «Des clients veulent me donner la fessée. On discute et je leur demande un supplément.»

    Elle ne refuse rien, ou presque. Les hommes paient avant de se déshabiller.

    ***

    Ines est née en Lituanie. Enfant unique, famille normale, vie banale. Sa mère travaille dans une banque, son père vend des pièces d'auto. Elle n'a été ni violée, ni victime d'abus, ni battue. Et elle n'est ni droguée ni accro à l'alcool. Elle a une seule dépendance: l'argent.

    Elle se souvient de son premier client, un homme d'une quarantaine d'années. Elle étudiait à l'université, à Vilnius. Ses copines avaient de l'argent, elle n'arrivait pas à les suivre. Elle a flirté sur l'internet, puis, un soir, elle a plongé.

    «J'étais très gênée, je ne savais pas quoi faire. Je n'étais pas douée. On a bu une bouteille de vin avant de se mettre au lit. J'ai oublié de lui demander de l'argent. En partant, il a laissé 150 € (225$) sur la table.»

    Quand ses parents ont su qu'elle se prostituait, ils ont été bouleversés, choqués, enragés. Son père surtout, qui l'a rejetée. Depuis, ils ont renoué, mais ils ne parlent jamais de prostitution. La réalité est escamotée, c'est le prix à payer pour la réconciliation.

    ***

    Ines habite au rez-de-chaussée d'un édifice de plusieurs étages. Rien de luxueux. Plusieurs immeubles semblables au sien partagent une cour intérieure. Ses voisins ne se doutent de rien, même si les clients entrent chez elle et en sortent avec une régularité de métronome.

    «Les Suédois ne sont pas ouverts d'esprit, dit-elle. Ils ne comprennent pas les prostituées. Ils paient des impôts, ils ne commettent pas de crimes et ils respectent la loi. Ils sont de bons citoyens. Pour eux, la prostitution est noire, sombre.»

    Elle a déjà lu dans le journal une histoire qui, selon elle, souligne le mépris des Suédois pour les prostituées. Une femme a loué son appartement pendant ses vacances. À son retour, la police lui a annoncé que sa locataire était une prostituée. Horrifiée, elle voulait brûler son lit et déménager.

    Ines cache son métier comme une plaie honteuse. Jamais elle ne travaillerait dans la rue. «Rester debout dans la rue à attendre les clients? Mais tout le monde saurait que je suis une prostituée! J'aurais honte.»

    Pas question de quitter la prostitution, du moins pour l'instant. «Quel métier pourrait me rapporter autant d'argent?», demande-t-elle.

    Elle dit faire 100 000 couronnes par semaine (17 000$). Le vendredi, elle peut passer 15 clients.

    «Plusieurs prostituées ne sont pas heureuses, croit-elle. Certaines ont des enfants et elles font ce métier parce qu'elles ont besoin d'argent. Ce n'est pas mon cas. Je suis jeune, libre et je n'ai pas d'enfant. J'ai choisi ce métier.»

    Elle a aussi choisi la Suède parce que c'est un pays riche et non violent. Si elle avait des problèmes avec un client, elle appellerait la police sans hésiter. «Je ne fais rien d'illégal», dit-elle.

    Elle aimerait rencontrer un «gentil garçon» qui l'épouserait. Elle aurait des enfants, une famille, une vie normale étalée au grand jour. Sans honte.

    Amende et casier judiciaire

    Depuis 1999, aucun client n'a été jeté en prison. La plupart plaident coupables et paient l'amende, calculée en fonction de leurs revenus, pour étouffer l'affaire. Si une cause se retrouve devant le tribunal, le client écope d'une peine avec sursis. «Ils ne vont pas en prison, mais ils ont un casier judiciaire», explique Lise Tamm, procureure en chef du parquet international de Stockholm.

    En 2011, la peine d'emprisonnement est passée de six mois à un an, mais les juges sont trop indulgents, affirme Lise Tamm. «Il faut oser, dit-elle. Nous avons besoin de juges plus courageux.»

    Elle rappelle l'histoire d'un juge de la Cour suprême, Leif Thorsson, qui a admis avoir couché avec un prostitué de 20 ans en 2005.

    Lise Tamm poursuit non seulement les clients, mais aussi les proxénètes. Elle démantèle les réseaux étrangers - roumains, lituaniens, nigérians... «Au parquet international, on hérite des grosses affaires», précise-t-elle.

    La loi qui criminalise les clients a chamboulé son travail. «Tout est plus facile, dit-elle. Je peux examiner les comptes bancaires des proxénètes et des clients et les obliger à se présenter en cour.»

    Elle ne comprend pas les femmes qui vendent leur corps et les hommes qui «paient des femmes pour se satisfaire». Combat moral?

    «Non, répond Lise Tamm. C'est une question d'égalité hommes-femmes. C'est très important en Suède. On veut que tout soit égal, que les hommes s'occupent des enfants, que les femmes reçoivent le même salaire que les hommes. Cette égalité doit être partout, de la garderie au travail. La prostitution est mauvaise, car elle heurte ce principe égalitaire.»

    La prostitution, en bref

    La loi

    Entrée en vigueur 1w janvier 1999.

    Pénalités pour le client Amende calculée en fonction des revenus ou un an de prison.

    Dix ans après l'adoption de la loi

    2069 personnes ont commis des infractions; 590 ont fait l'objet de poursuites qui ont abouti à une amende ou à un non-lieu.

    Avant 1999

    Illégal: maisons de prostitution, proxénétisme.

    Légal: vendre et acheter des services sexuels.

    Après 1999

    Illégal: maisons de prostitution, proxénétisme, acheter des services sexuels.

    Légal: vendre des services sexuels.

    Peine d'emprisonnement pour les proxénètes Quatre ans

    Pays qui ont imité la loi suédoise

    Norvège, Islande et France (il manque l'approbation du Sénat)

    Les prostituées

    Dans les années 70: 3000 prostituées; 500 maisons de prostitution camouflées en sex clubs, salons de massage et studios de mannequins.

    Aujourd'hui: 1000 prostituées, internet inclus.

    La moitié des prostituées sont des immigrées (Estonie, Pologne, Roumanie, Russie, Bulgarie, Thaïlande, Nigeria); les autres sont suédoises. Le tiers des prostituées seraient dans la rue (entre 100 et 200 à Stockholm); les autres, à l'intérieur.

    Les clients

    D'adolescent à octogénaire. La plupart ont entre 30 et 50 ans. Ils proviennent de toutes les classes sociales. Plusieurs ont un travail et des revenus réguliers. Un sur deux est marié; 40% ont des enfants. Un sur deux a fait des études secondaires ou supérieures.

  15. #15
    Prostitution: le modèle suédois, miracle ou échec? (suite et fin)

    Selon deux sondages comparatifs, le nombre de clients a diminué. En 1996, 13,6% des hommes achetaient des services sexuels. En 2008, ce nombre avait chuté à 7,9%.

    La Suède en chiffres
    Nom: Royaume de Suède

    Population: 9,5 millions d'habitants

    Capitale: Stockholm. Population: 850 000 habitants (agglomération: 1,3 million).

    Membre de l'Union européenne depuis 1994.

    PIB par habitant: 53 170$.

    Sources: BBC et Wikipédia

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